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Le CNDSI : un espace stratégique pour faire entendre la voix des jeunesses engagées

Publié le 7 juillet 2025
Catégories : Actualités du réseau
Temps de lecture estimé : 9 min

Depuis 2025, E&D siège officiellement au Conseil national pour le développement et la solidarité internationale (CNDSI) – un espace stratégique de concertation où se discutent les grandes orientations de la politique française de solidarité internationale. Ce n’est pas rien, et c’est pour cela qu’on veut vous expliquer ce que c’est, comment ça marche, et surtout, pourquoi c’est important aussi pour les associations jeunes et étudiantes comme les vôtres

C’est quoi le CNDSI ? 

Le CNDSI a été créé en 2014. Il est présidé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), et vise à organiser un dialogue structuré entre l’État et la société civile sur les enjeux de développement et de solidarité internationale. 

Concrètement, il réunit plus de 80 acteurs·ices issu·es de 10 collèges représentant la diversité des acteurs non-étatiques : ONG, collectivités territoriales, syndicats, acteurs économiques, des parlementaires, personnalités étrangères qualifiées, instituts de recherche… et depuis peu de temps, des organisations de jeunesses et de jeunes. Ce cadre de dialogue permet de : 

  • Consulter la société civile sur les orientations politiques de la France en matière d’aide publique au développement (APD) ; 
  • Formuler des recommandations adressées aux pouvoirs publics sous forme de notes d’orientation
  • Travailler collectivement sur des sujets spécifiques à travers des groupes de travail

Le CNDSI se réunit deux fois par an en plénière au ministère, pour échanger avec les autorités publiques et partager les avancées des travaux. Entre ces plénières, des groupes de travail thématiques sont lancés pour approfondir certains sujets. En 2025, deux nouveaux GT voient le jour : 
Les mutations de l’aide publique au développement 

Enfance et solidarité internationale 

Et E&D dans tout ça ? 

En 2025, E&D a rejoint le CNDSI pour la mandature 2025-2027. Notre Déléguée Générale, Oriane Del Taglia, y siège au sein du collège « organisations syndicales, de jeunes et de jeunesses », suite à sa nomination par décret ministériel. 

Alors non, nous ne sommes pas dans le collège des associations, même si cela peut surprendre. Mais c’est justement issu d’un travail de plaidoyer : un  récent groupe de travail du CNDSI sur les jeunesses dans les politiques de développement a recommandé de renforcer la place des jeunes et des organisations de jeunesses dans ces espaces de concertation. C’est encore fragile, mais nous portons cette voix et ouvrons la voie pour d’autres jeunes organisations, au sein de ce collège mais surtout dans tous les autres ! 

Oriane a également été désignée représentante du collège, ce qui signifie qu’elle siège au Bureau du CNDSI, et coordonne les prises de parole et positions du collège dans les différentes instances. 

Retour sur la plénière du 17 juin 2025 

La première plénière de l’année du Conseil national du développement et de la solidarité internationale (CNDSI) s’est tenue le 18 juin 2025, au Quai d’Orsay, présidée par le Ministre délégué Thani Mohamed-Soilihi.  

1. Financements de la solidarité internationale  

Le premier temps fort de la plénière a porté sur les enjeux budgétaires et l’avenir du financement de la solidarité internationale. La note d’orientation collective du CNDSI, préparée en amont de la tenue du prochain CICID, a été présentée : elle dresse un constat sévère, pointant une contraction historique des financements face à l’explosion des besoins mondiaux. La société civile y appelle à une refonte de l’approche française, et s’articule autour de trois axes : 1/ impulser une nouvelle dynamique positive pour le financement de la solidarité internationale ; 2/ allier effort budgétaire et taxes solidaires pour un financement pérenne et soutenable ; 3/ réaffirmer les valeurs et principes du financement de la solidarité internationale. Elle insiste sur l’urgence ne pas considérer l’APD comme une variable d’ajustement budgétaire et sur le rôle structurant de la solidarité internationale pour la stabilité mondiale. Il s’agit d’ancrer le financement du développement dans une logique de long terme, orientée vers les droits, la justice sociale, environnementale et l’égalité. La présidente du Réseau Education Network Europe (GENE) a également rappelé l’importance de l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (ECSI) notamment comme antidote à la désinformation.  

Face à cela, le Ministère a assumé une approche plus contrainte, axée sur l’efficacité budgétaire et l’optimisation des moyens. Il a rappelé l’augmentation de la part de dons vers les PMA (60 %) et l’intérêt porté aux financements innovants et privés. Mais l’inflexibilité sur la hausse des crédits budgétaires (ou même la stabilisation), ainsi que l’injonction de faire « plus et mieux avec moins » pour répondre au contexte budgétaire, a nourri une vive inquiétude chez de nombreux membres du CNDSI. 

Un temps a justement été consacré à la préparation du Projet de loi de finances (PLF) 2026. Des membres ont rappelé la forte attente de la société civile afin que soit préservée la capacité à agir des OSC et que la France tienne son rang sur la scène internationale en prenant sa juste part aux dynamiques de solidarité internationale, à la réponse aux crises humanitaires, climatiques, sanitaires et sociales.  C’est également sur ce sujet qu’Oriane Del Taglia, pour E&D, a pris la parole. Elle a alerté sur les effets en cascade des coupes budgétaires sur les petites et moyennes organisations, particulièrement actives au niveau régional et dans l’éducation à la citoyenneté mondiale. Elle a souligné la pression croissante sur les équipes, la précarisation de l’emploi dans le secteur, et le risque de disparition d’un tissu associatif riche et essentiel, si les arbitrages budgétaires restent incohérents avec les ambitions affichées. 

Ces débats se sont poursuivis autour de la Conférence internationale de Séville sur le financement du développement, à venir début juillet. La société civile attend une réponse politique forte face aux coupes budgétaires : rétablissement des taxes solidaires, reconnaissance du rôle de la société civile et défense d’une architecture financière internationale plus juste. Face au repli identitaire et à la montée des « anti-droits », ils·elles ont rappelé que la société civile est un rempart efficace, mais fragile au vue des espaces civiques qui se restreignent et aux désengagements des Etats.  

2. Crises géopolitiques 

Le second temps de la plénière a abordé les grandes crises internationales en cours : Gaza, Ukraine, République Démocratique du Congo. Le Ministre a rappelé les positions officielles de la France : demande de cessez-le-feu à Gaza, appui à l’aide humanitaire, soutien à la reconstruction de l’Ukraine, et organisation prochaine d’une conférence sur la région des Grands Lacs, face à la dégradation continue de la situation en RDC. 

Les organisations membres du CNDSI ont exprimé des attentes claires : levée du blocus de Gaza, appui renforcé à la protection de l’enfance dans les conflits, rehaussement de l’aide humanitaire, et cohérence entre discours et actes diplomatiques, notamment vis-à-vis des acteurs violant le droit international. 

Oriane Del Taglia est intervenue de nouveau pour porter la voix du réseau E&D et du collège des organisations syndicales et de jeunes(ses) sur la RDC. Elle a rappelé l’importance de réévaluer les coopérations militaires et économiques de la France et de l’Union européenne avec le Rwanda, tant que son rôle dans l’Est de la RDC n’est pas remis en cause. Elle a évoqué l’exploitation des minerais de sang, présents jusque dans nos téléphones portables, et a plaidé pour des politiques cohérentes entre solidarité internationale, transition écologique et responsabilité économique. Elle a également élargi son intervention aux crises oubliées (Soudan, Yémen, Haïti…), dénonçant leur invisibilisation dans l’agenda politique international, alors même qu’elles frappent les populations les plus vulnérables, souvent déjà touchées par le dérèglement climatique. 

3. Diplomatie féministe et G7  

La fin de la séance a été consacrée à des points d’information stratégiques

  • La Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes, prévue les 27-28 octobre 2025 à Paris, rassemblera États et société civile. La France y espère une mobilisation forte face aux reculs des droits des femmes et des filles. 
  • La présidence française du G7 en 2026 a également été évoquée, dans un contexte de polarisation mondiale. La société civile a demandé que les engagements pris lors du dernier G7 organisé par la France (en 2019) soient évalués, notamment en matière de genre, de climat et de financement. 

Enfin, le CNDSI a annoncé qu’une seconde plénière se tiendra à l’automne, et qu’un suivi des recommandations de cette session, notamment sur le CICID et Séville, sera assuré par le Bureau. 

Pourquoi ça vous concerne ? 

Parce que les décisions prises dans ces espaces ont des conséquences directes sur les politiques publiques, les financements, les partenariats internationaux et les priorités de la solidarité française dans le monde. Les jeunes et les associations qu’ils·elles dirigent ont trop longtemps été exclu·es de ces discussions. Notre présence aujourd’hui au sein du CNDSI peut permettre de faire remonter vos préoccupations, vos expériences de terrain, et vos visions de la solidarité

E&D s’engage à partager régulièrement les actualités du CNDSI sur notre site, notamment après chaque plénière. Et bien sûr, nous sommes à votre disposition pour en discuter de vive voix, en ligne ou lors de nos temps de réseau. 

Ce mandat, nous le portons collectivement, pour que les jeunesses engagées ne soient plus une exception mais une évidence dans la fabrique des politiques de solidarité internationale. 

Plus d’informations ici : Le Conseil national pour le développement et la solidarité internationale (CNDSI) – Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères